Une construction humaine millénaire

Les paysages visibles aujourd'hui sont le résultat d'un long processus historique, dans lequel le présent masque les structures du passé.

Aux origines

Il faut un grand effort d'imagination à partir du paysage actuel pour évoquer nos lointains ancêtres de 900 avant JC partant pêcher dans la Seine à bord d'une pirogue de bois, ou bien chassant le renne dans l'actuelle rue Jeanne d'Arc, il y a 9000 ans.

Plan de Rouen à l'époque romaine (© site Rouen-Histoire).

De même, les traces de la ville romaine, fondée au 1er siècle sous le nom de Rotomagus sont ténues. Cependant, on peut retrouver le souvenir du parcellaire orthogonal des villes romaines si l'on admet l'identification du decumanus à la rue Saint Romain et du cardo à la rue des Carmes et rue Grand Pont. Il faut imaginer sous la cathédrale les temples à la triade capitoline, devant ces temples le forum, et non loin de là vers le nord les thermes, l'amphithéâtre, un mausolée monumental, des échoppes d'artisans, une vaste villa devant l'actuel palais de justice, un quartier d'entrepôts et des quais de pierre près de la Seine.

Les restes d'une fontaine galloromaine place de la Pucelle.

Du Moyen Age au 19ème siècle

Pour mieux suivre cette partie, on pourra consulter le site Rouen-Histoire.

Du Moyen Âge à la révolution, la ville est serrée dans ses remparts et se développe essentiellement rive droite. Il reste aujourd'hui de nombreuses traces de cette époque.

La datation en est relativement facile, car on a interdit en 1520 les constructions en encorbellement pour éviter les incendies. La plupart des maisons à pan de bois de Rouen ne sont donc pas médiévales mais Renaissance ou classiques. La marque médiévale se traduit par l'importance des églises dans le paysage urbain : elles sont presque toutes du Moyen Âge. Médiéval aussi, le Palais de Justice, siège du Parlement de Normandie, dont l'existence est la marque de la fonction de commandement de Rouen depuis des siècles.

Photo de gauche : (de gauche à droite) la cathédrale de Rouen, l'église Saint-Ouen et l'église Saint-Maclou. Photo de droite : le Palais de Justice.

Les étapes successives de l'aménagement urbain correspondent aux élargissements de l'enceinte des remparts :

Au 11ème siècle, un quadrilatère de muraille délimite un espace restreint qui reste celui de la ville antique : ses limites en sont le Gros Horloge à l'ouest et l'actuelle rue de la république à l'Est et la Seine au sud et la rue des fossés Louis VIII au nord. L'abbaye de St Ouen est hors les murs.
Au 12ème siècle, grâce à la prospérité du royaume anglo-normand, la ville se développe et la muraille va englober le quartier de St Ouen au nord, celui du Vieux Marché à l'ouest et St Maclou à l'Est.
Après la prise de la ville par Philippe Auguste, un château est édifié sur la muraille nord (il en reste aujourd’hui le Donjon) et les quartiers Est, où s'installent les ateliers textiles le long du Robec, sont intégrée dans la muraille au 14ème siècle. Sur la rive sud, le clos des Galées se développe et un faubourg naît autour de Saint Sever.
Le plan Gomboust de 1655 nous montre le tracé définitif des remparts, qui correspond aux boulevards d'aujourd'hui. Des faubourgs se développent aux différentes portes, Cauchois, Saint Hilaire ou Martainville. Sur la rive Sud, le faubourg St Sever accueille les faïenciers, alors qu'un hôpital est bâti à l'ouest des remparts.

Un siècle plus tard, le plan des échevins nous montre peu de changements : les projets de développement urbain à l'ouest de la place du Vieux Marché n'ont pas été menés à bien.

Une vue de Rouen au 18ème siècle, salle des Etats de l'Archevêché,
tableau d'Hubert Robert.

La marque du 19ème siècle

A gauche : l'ancienne usine Fromage. A droite : la rue du Vieux Château (rive gauche).

La révolution industrielle a profondément marqué le paysage urbain : les usines se sont installées dans les faubourgs, en particulier sur la rive gauche et autour du port, des cités ouvrières ont été bâties près des usines : elles sont aisément reconnaissables.

Des opérations d'urbanisme ont été menées : percement de la rue de la République, de la rue Jeanne d'Arc et de la rue Thiers, avec destruction de quartiers anciens, d'églises, afin de réaliser une percée régulière.

La rue Jeanne d'Arc (centre ville).

Un vaste projet concernait le quartier Martainville, qu'il s'agissait d'«assainir» ; une partie seulement sera réalisée, faute d'argent, ce qui sauvera la rue Damiette et la rue Martainville, promises à la démolition. La partie réalisée est faite d'immeubles de brique, comme ceux de la place Saint Marc.

La place St Marc et son marché, immeubles du 19ème siècle en brique, ensemble architectural homogène. Le marché du Clos St Marc est un haut lieu du paysage rouennais.

En 1875, les remparts ont été remplacés par des boulevards et l'urbanisation s'est largement développée au delà, en particulier sur la rive sud et dans les vallées textiles du Cailly et du Robec, où elle accompagne l'industrialisation.

La vallée du Cailly (Nord Est de Rouen) : l'urbanisation a accompagné l'industrialisation.

Les destructions de la guerre et l'évolution urbaine de la deuxième moité du 20ème siècle

Les quartiers situés de part et d'autre du fleuve sont les quartiers de la reconstruction : cette partie de la ville a été détruite en 1940 puis en 1944 et le choix fait dès le projet Greber pendant la guerre a été de conserver la trame viaire, mais de tout raser pour reconstruire de façon homogène. De plus, il a été choisi de rehausser les quais, coupant ainsi la ville du fleuve afin de favoriser la circulation portuaire et automobile.
Les quartiers récents ne sont pas tous nés des destructions de la guerre, un certain nombre d'opérations ont été réalisées après, par exemple le « front de Seine » ou les « Jardins de l'Hôtel de Ville ».

L'urbanisation des plateaux s'est imposée dans les années 50-60 pour faire face à la crise du logement née des destructions de la seconde guerre mondiale et du baby boom. On la retrouve dans toutes les grandes villes françaises. A Rouen, cette urbanisation s'est faite comme ailleurs dans l'urgence. On a abouti à une coupure entre ces nouveaux quartiers et le centre ville, qui s'est ajoutée à la coupure entre les deux rives et à la coupure entre la ville et le fleuve. Les années 70-80 ont vu à Rouen comme ailleurs une dégradation des conditions d'habitat, liée à la crise économique et au chômage, mais aussi au départ d'une partie de la population pour des logements individuels périurbains. L'enjeu des années à venir est la redynamisation de ces espaces, à travers la création de zones franches urbaines et l'activation du grand projet de ville.

Liens sur l'histoire de Rouen:

Site de la ville de Rouen
Site de l'Office de Tourisme de Rouen.


Sources des illustrations:

- plans de Rouen aux XI, XII et XIVè siècles :
© Jacques Tanguy, 2003. Site Internet Rouen-Histoire.

- plan Gomboust :
© Collections de la Bibliothèque Municipale de Rouen. Photographie Thierry Asciencio-Parvy.


© Dakini Project, 2006.