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LA BIBLE AU FEMININ
VUE PAR L’ECRIVAIN MAREK HALTER



 

Problématique
La femme a été créée « à côté » de l’homme et non « de la côte » de l’homme : elle n’appartient donc pas à l’homme ; il y a un rapport d’égalité homme / femme dans la Bible correctement traduite. Or la Bible parle peu de la femme et laisse peu parler les femmes : comment expliquer cela ?

Sarah / la justice
L’alphabet abstrait des Sumériens et l’idée de Dieu vont de pair car le pictogramme donnait une image de Dieu et donc, ne pouvait rendre compte d’un dieu abstrait. Les Sumériens, en outre, ont inventé la ville indo-européenne ; or, qui enseignait dans ces villes ? Les femmes. Sarah était l’une d’elles. Ces villes étaient riches et attiraient une main d’œuvre sémite importante, alors pour se protéger, ces villes édifiaient des murailles, d’où la création de « banlieues ouvrières » hors les murs.
Ur est un exemple de ces villes : il y avait là un Amorite fabricant d’idoles protectrices qui livrait sa marchandise ; son fils, Abram, se rend compte que les riches sont mieux assurés que les pauvres : il commence à penser à un Dieu plus égalitaire, plus juste. Dans le même temps, Sarah s’enfuit à la suite d’un conflit familial et … rencontre Abram. Abram rêve d’un même Dieu qu’elle, mais elle, elle a les outils conceptuels pour le créer : elle sait écrire et elle est donc au départ de la création d’un Dieu de justice.

Tsippora / la liberté
L’esclave ne rêve pas de la liberté mais de devenir maître car il ne sait pas ce qu’est la liberté ; il reproduit le schéma, mais à l’envers. A l’époque de Moïse, les Juifs sont environ deux millions et esclaves dans leur tête : ils voudraient être maîtres, mais … ils n’ont pas d’esclaves !
Tsippora, la femme de Moïse, arrive alors : c’est une Kouchite (une femme noire, donc). Les Hébreux ne savent pas s’organiser, ne savent pas comment faire et certains souhaitent revenir en Egypte ! Tsippora est victime du racisme quotidien en tant que femme, étrangère, et noire. Une révolte familiale se monte donc avec Myriam, la sœur de Moïse et Aaron. On ne supporte pas que Tsippora donne des conseils.
Dieu descend alors dans la nuée et Myriam attrape la lèpre. Moïse intervient pour disculper Myriam car elle est ignorante ; Dieu concède et Myriam ne sera atteinte du mal que pendant sept jours.
Il y a 613 règles dans la loi de Moïse ; parmi ces lois, on trouve des rappels constants au respect de l’étranger et à la protection de la femme : ces principes proviennent de Tsippora, car la société égyptienne ne permettait pas cela.

Lilah / l’enseignement de la Loi
Pendant l’Exil, esclaves, on rêvait de Jérusalem ; or, quand, enfin, on a pu y retourner, peu y sont allés ! Beaucoup ont préféré rester libres en Babylonie plutôt que de reconstruire un pays dévasté et occupé par d’autres peuplades. Ainsi, sur un million d’Hébreux en Babylonie, 24 000 seulement revinrent en Canaan ! Parmi ces derniers, Esdras qui, en 397 av. J.-C., décide d’écrire les 613 règles mosaïques : c’est le Pentateuque, c’est-à-dire non pas sur des tablettes, mais en un livre, la Torah. Mais les gens ne savent pas lire, alors sa sœur Lilah arrive comme enseignante. Un an plus tard, le peuple sait lire !

Alors pourquoi parle-t-on si peu des femmes ?
L’interprétation marxiste explique qu’avec la mécanisation du travail, les femmes sont infériorisées : elles ne peuvent pas produire elles-mêmes car elles sont physiquement moins résistantes.
Pour les Juifs, le Mal qui change toujours de visage est incarné par les Amalécites, symbole des différents peuples qui ont persécuté les Juifs ; mais les hellénistes ont traduit – fort mal – la Bible en grec et c’est depuis eux que le Mal apparaît sous les traits d’une femme. Saint Paul conseille le célibat et, si la tentation est trop grande, de ne prendre qu’une seule femme : le célibat des prêtres et la monogamie sortent de là. Et c’est dans ce climat-là que des hommes se réunissent à la fin du Ier – début du IIe siècles pour choisir et regrouper les livres saints ; on écarte alors les femmes.
Quant à saint Augustin (fin IVe – début Ve siècles), il invente le concept de « péché originel » : si l’homme ne peut arriver à la sainteté, c’est qu’il est tenté en permanence par la femme !

Epilogue
Marek Halter travaille en ce moment sur Khadidja, la femme de Mahomet ; c’est elle qui a fait venir des scribes pour enregistrer par écrit les pensée de son mari ; elle est donc à l’origine du Coran.
Des chrétiens lui ont aussi demandé d’écrire sur Marie : en effet, la Galilée à son époque, c’est « le Vercors », un pays vaincu, occupé, terrorisé. Aux noces de Cana, Marie décide que c’est le moment. Jésus a peur mais Marie le piège. Qui a fait Jésus ? C’est Marie…

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