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Les
Allemagne dans un monde bipolaire 1945-1991
Conférence de monsieur Paul Pasteur,
Maître de conférences
à l'Université de Rouen CDDP du Havre
28 mars 2000. 15H-17 H 30.
Notes de J.M Lambard et B. Lisbonis.

Sommaire
1.)
Critiques des manuels scolaires du collège et du lycée consultés par
M. Pasteur.
2)
Mise au point sur la question

Monsieur Pasteur
organise son intervention en deux temps, d'abord un ensemble de remarques
sur la façon dont cette question est envisagée dans les manuels scolaires
actuels qu'il a consultés, puis un point sur les directions et les résultats
de la recherche.
1.)
Critiques des manuels scolaires du collège et du lycée consultés par M.
Pasteur. 
- Les photographies
du "mur de Berlin"sont très présentes, souvent en couverture, mais aucune
photographie n'est vraiment forte symboliquement. Quel élève de 3° connaît
Rostropovitch ? Quel est le sens pour lui de cette photographie en gros
plan, devant un mur couvert de "tags", comme il en existe dans sa ville,
son quartier ?
La réalité quotidienne de ce mur pour les Berlinois n'est pas assez
expliquée. Ce mur , toujours vu de l'ouest dans les manuels, était effectivement
visible dans le paysage, volontairement, à l'ouest. En revanche, masqué,
caché à l'est, il était néanmoins fortement ancré dans les esprits,
empreinte donc durable, après sa chute.
- Les manuels gomment
la recherche récente, simplifient et occultent la complexité. Ils ne
témoignent donc pas d'une démarche d'historien.
- Les acteurs
individuels, hauts responsables, sont privilégiés. L'acteur collectif,
notamment à l'est est peu évoqué. Juin 1953 : Berlin-est est parfois
omis ; M. Pasteur rappelle les dizaines ou centaines de milliers
de manifestants à Leipzig, à Berlin en octobre et début novembre
1989. C'est oublier le courage de ces gens, mais aussi l'action
de la dissidence , des associations et mouvements (les étudiants,
les Eglises évangéliques, le "mouvement des charrues"...)
Les Allemands ont la réputation d'être disciplinés, ils ont ici
montré une autre image.
- Le contrôle
notamment culturel exercé par les Alliés, jusqu'à l'unification,
est une direction de la recherche actuelle.
- Les démocraties
populaires sont différentes du modèle soviétique.
En définitive,
la pauvreté des sources ne peut justifier cette présentation simpliste
des manuels. Parmi les documents disponibles, il conviendrait d'utiliser
des documents forts comme W. Brandt devant le monument du ghetto de
Varsovie et d'éviter la caricature.
2)
Mise au point sur la question 
Les travaux en langue
française ont longtemps été le reflet des enjeux idéologiques, d'un
côté et de l'autre, comme ceux de Poidevin, Dupeux, Pietri... Depuis
une quinzaine d'années, une génération d'historiens renouvelle l'approche,
surtout du côté de la RDA. On peut citer :
- S. Kott (spécialiste
du XIX°s, aujourd'hui de la RDA), Le communisme au quotidien,
Belin, 2001
- A. Wahl, Histoire
de la République fédérale d'Allemagne, A. Colin, coll. Cursus, 1995
- A.M. Le Gloannec,
La nation orpheline, 1987, Hachette Pluriel...
Cette génération
est cependant peu nombreuse, rares sont les historiens germanistes
véritablement spécialistes.
1.
1945-49 
- Du côté allemand,
la défaite de Stalingrad est fondamentale. La guerre est vraiment totale,
surtout après octobre 1944 alors que l'Allemagne est écrasée sous les
bombardements. La brutalité, la bestialité des armées marque cette période.
La "propreté" de la Wehrmacht fut un mythe entretenu par un grand nombre
d'historiens allemands, l'armée rouge se livra de même à des exactions
sur les populations allemandes. (M. Pasteur a étudié en Autriche, dont
il est spécialiste, les exactions sur plusieurs jours accordées par
le commandement soviétique lors de l'arrivée des troupes)
Dès lors, les changements politiques de 1945-49 sont vécus par la population
dans une certaine indifférence.
L'Allemagne pendant cette période n'a pas de gouvernement propre, un
gouvernement interallié militaire administre son territoire occupé.
- Du côté des alliés
occidentaux, l'Allemagne reste un danger multiforme : crainte d'un retour
à une Allemagne impériale, éradication du national-socialisme mais aussi
peur du communisme, un rapprochement avec l'URSS n'étant pas exclu.
Une ligne libérale est imposée, symbolisée par l'adoption des trois
couleurs nationales, que Weimar n'avait pas su imposer, et l'abandon
du drapeau impérial.
La dénazification est menée, en fait progressivement et inégalement.
Les lois et les organisations nazies ne sont supprimées qu'au début
de l'automne 1945.
Du côté américain, des "listes blanches" de personnalités non compromises
avec le nazisme sont établies, les "émigrés de l'intérieur" reprennent
des responsabilités locales (personnalités politiques sous Weimar s'étant
fait discrètement oublier après 1933...).
Partis et syndicats se reforment. Les Länder se constituent en fait
difficilement avant 1949, avec de forts heurts de particularismes régionaux.
- A l'Est, on assiste
à une fusion du parti social-démocrate avec le parti communiste pour
former le SED en1946 qui se stalinise en1949. Des comités anti-fachistes
sont mis en place mais ils sont jugés trop actifs et les autorités soviétiques
demandent leur contrôle.
2.
Les deux Allemagne après 1949 
Il faut insister
sur l'interdépendance et les interférences entre les deux Etats.
En fait, les démocraties populaires, et en particulier celle de RDA,
sont différentes du modèle soviétique. Par exemple, un secteur privé
a toujours existé dans le commerce, le SED n'a jamais été parti unique
(5 partis et 6 organisations de masse). Il y avait liste unique du
Nationale Front aux élections.
Les transferts ont été permanents, surtout la notion de liberté, libertés
de circuler et de consommer revendiquées à l'Est.
La télévision ouest-allemande reçue à l'Est a surtout diffusé le modèle
de consommation, les autres valeurs ont eu peu d'influence, malgré
le "matraquage".
Des transferts est-ouest ont existé dans le domaine culturel : influence
sur les mouvements pacifiste, étudiant, féministe (les femmes de lettres).
- Helsinki est aussi
un tournant principalement à l'actif de la social-démocratie. La dissidence
à l'Est est plus active.
3.Le
bilan économique et social 
L'intégration
a pris l'aspect d'un "Anschluss économique ". C'est
ce que montrent le bilan des 13000 entreprises privatisées
par la Treuhand, le processus inachevé de reconstruction industrielle,
le niveau du chômage, la place des femmes... L'intégration
culturelle, fondamentale, n'a pas réussi.
Questions
posées par l'assistance. 
- Le rideau de
fer a-t-il été renforcé après 1961 ?
Le mur a été une réponse à la perméabilité
au niveau de Berlin. Le rideau n'était cependant pas partout
aussi étanche. Le passage à l'Ouest était possible,
vers la Tchécoslovaquie notamment.
Il faut relativiser les tensions est-ouest en Allemagne, même
lors du blocus, l'approvisionnement a pu se faire...
- Quelles répercussions
a eu la visite de Brandt à Varsovie ?
C'est un moment majeur de l'Ostpolitik qui débouche sur la reconnaissance
des Allemagne. En Pologne, l'effet fut important.
- Quelle est l'évolution
récente du chômage ?
Depuis la fin des années 1990, le différentiel entre Est
et Ouest semble se réduire.
- L'opposition
Wessies/Ossies est-elle toujours aussi marquée ?
Elle se réduit mais les Allemands de l'Est ont toujours le sentiment
d'être des citoyens de seconde zone. En fait la RDA fut achetée
à l'URSS au cours d'un marchandage entre Kohl et Gorbatchev en
septembre 1990. Gorbatchev a fait monter les enchères (de 7 à
12 milliards de D.M.). Le traité de Moscou fut ensuite signé...
- Et pour les
nouvelles générations ?
Beaucoup de jeunes au PDS défendent le bilan de la RDA. La déchristianisation
à l'Est a eu un impact durable. Il y a eu débat pour s'opposer
à l'introduction des cours de religion dans le Land de Brandebourg.
Les identités ouest/est allemandes subsistent encore.
- Comment s'est
déroulée l'intégration politique ?
Le SED a été transformé en PDS tout de suite. Le
CDU s'est structuré à partir du CDU préexistant
en RDA. En fait un personnel d'encadrement venu de l'ouest a été
mis en place. De même le SPD s'est reformé. Pour M. Pasteur
on peut aussi parler d'"Anschluss politique".
- Comment expliquer
l'évolution fort différente en Autriche ?
L'indépendance de l'Autriche a été négociée en 1943 à Moscou par les
Alliés mais celle-ci devait participer à sa propre libération. En 1945,
l'Etat autrichien s'est reconstitué, même si les décrets devaient être
approuvés par les autorités occupantes. La dénazification fut entreprise
(150000 dossiers traités, peu de condamnations), mais elle n'a pas trouvé
dans la presse autrichienne le même écho que dans la presse allemande..
Dès 1952-53, la négociation pour la neutralité était engagée avec l'URSS,
elle fut obtenue en 1955. La responsabilité des crimes nazis n'incombait
plus qu'aux Allemands. Les Autrichiens se dédouanaient. Les Américains
ont eu en Autriche une attitude différente de celle adoptée en Allemagne,
ils ont poussé aux nationalisations dans leur zone pour éviter une éventuelle
récupération des "entreprises allemandes" par les Soviétiques.
- Vous avez minimisé
le rôle de la télévision pour la diffusion à
l'Est de valeurs occidentales. Pouvez-vous préciser ?
Comme je l'ai dit, libertés de consommer ou de circuler ont trouvé
un écho. Des séries policières comme Derrick ont
véhiculé d'autres valeurs : respect de la loi, des autorités,
responsabilité de l'Allemagne dans l'holocauste et la guerre
mondiale. Si elles ont participé à l'éducation
de la jeunesse ouest-allemande, à l'Est elles ont eu peu de prise.
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