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Compte-rendu de la conférence de

 M. Durand-Dastès

L’eau, entre abondance et rareté : le cas de l’Asie des hautes densités

Introduction

L’eau est un solvant universel et une composante majeure de la matière vivante, d’où son caractère indispensable. Elle fait partie d’un cycle, le cycle de l’eau : évaporation à partir des océans, transport par les courants aériens, retour à l’océan par précipitation directe, ou par écoulement après précipitation sur les continents.

L’action de l’Homme dans son utilisation, la « consommation » de l’eau, ne la détruit pas ; elle revient à :

Raccourcir le cycle, donc priver d’apports des espaces qui en profitent « normalement ». (Par ex. l’eau évaporée ou transpirée dans les champs irrigués n’est plus disponible pour l’écoulement.)

Modifier la qualité de l’eau par un usage qui la rend inutilisable pour d’autres usages : phénomènes de « pollution ».

Ces  processus créent des raretés, qui confèrent de plus en plus à l’eau une valeur marchande.

Distribution d’un schéma sur les usages de l’eau.

 

1.       Le domaine de l’analyse

Espace s’étendant des portes de l’Asie Centrale à la Chine et au Japon. Ce territoire regroupe deux grandes masses : le monde indien et le monde sino-japonais ; soit ½ de la population mondiale sur 14 % des terres émergées.

2.       Une coïncidence entre climat et densité ?

L’absence de précipitations permet de comprendre les vides mais guère les pleins de la carte de la population. On peut noter un axe « vide » s’étendant depuis le Sahara jusqu’à la Sibérie correspondant à une diagonale sèche. Mais les régions de forte pluviosité sont très inégalement peuplées. On peut donc dire que l’existence d’un climat ni trop chaud, ni trop froid, ni trop sec, est une condition nécessaire mais non suffisante de l’apparition de fortes densités sur de grandes étendues.

Région avec beaucoup de villes géantes et de forte présence musulmane (Indonésie, Pakistan..).

3.       L’avance régionale

Les analyses montrent (Biraben) une forte avance de cette région sur le plan des densités locales, plus fortes qu’ailleurs ; présence ici d’une situation extraordinaire qui pose problèmes d’où la proposition d’une hypothèse de la « boucle asiatique »

   
Forte production du sol
   
     
Riziculture sous l’eau controlée
      Forte densité de population
     
   
Force de travail importante
   

Parmi les systèmes  traditonnels de production agricole , la riziculture reste celui qui procure la plus forte productivité du sol et permet les plus fortes densités agricoles et rurales. Mais ce système de cultures n’est possible que par une « suraccumulation de travail humain ». Il est donc à la fois cause et conséquence des fortes densités de population.

D’après certains auteurs, on peut envisager une seconde boucle complémentaire de la précédente. On a pu voir un lien entre la présence de la riziculture et le contrôle territorial ; une certaine fréquence des Etats organisés dans l’histoire de la région ; à son tour, cette place de l’Etat pourrait être un facteur favorable aux fortes densités.

Cette explication est difficile à asseoir sur des preuves certaines. Mais elle n’est pas non plus réfutable. Elle offre l’avantage de fournir une explication qui est, du point du vue spatial et temporel, à l’echelle du phénomène à expliquer.

4.       Une région qui surmonte le risque de famine

Bien des auteurs des années soixante étaient particulièrement pessimistes, prévoyant des risques de famines en Asie, considérée comme incapable de nourrir une population déjà très dense et croissante – on parlait de « surpeuplement ». Or ces prévisions ne se sont pas réalisées, grâce aux progrès de la production agricole, eux-mêmes dus en partie au développement de l’irrigation.

La carte de l’irrigation, fondée à la fois sur les superficies irriguées totales et sur les pourcentages de la superficie cultivée qui sont irrigués, montre l’importance de cette technique en Asie du sud et de l’est. Compte tenu de la taille de ces pays, ceci peut représenter des superficies considérables : 59 M ha en Chine > superficie de la France.

L’irrigation dépend aussi des conditions climatiques et en particulier de la Mousson, phénomène complexe à échelle mondiale. Les conséquences sont nombreuses, notamment dans la répartition de l’eau entre un usage urbain et un usage agricole

5.       Plusieurs modes de cultures irrigués en Asie.

Il convient de situer les différents modes d’utilisation de l’eau dans les champs les uns par rapport aux autres.

Agriculture sous pluie (dite parfois « culture  sèche » ) possible si les pluies sont abondantes (une rizière est possible avec 1500/1600 mm de pluie/an) et bien distribuées dans l’année. L’eau est utilisée là où et au moment où elle est apportée par les pluies.

Submersion, dirigée ou non. Aux apports d’eau par les précipitations, on ajoute l’eau apportée par les cours d’eau (hautes eaux), souvent en intervenant pour contrôler les apports (digues, canaux, systèmes de levage).

Irrigation au sens strict : soit un ensemble de techniques qui, par des moyens artificiels, déplacent l’eau dans le temps et/ou dans l’espace par rapport à la répartition découlant du jeu des processus naturels (pluies et écoulements fluviaux).

Tous ces modes expliquent un déplacement de l’eau de manière artificielle. La plaine alluviale (Gange) présente un cas intéressant de transport de l’eau en fonction de l’inondation annuelle. Plusieurs niveaux de terrasses permettent de canaliser l’eau en fonction des besoins. Si ces plaines sont fertiles, ce sont aussi des terres à risques.

On peut noter plusieurs systèmes d’irrigation en Asie

a.       Par barrages de dérivation

b.       Par tanks

c.       Par puits tubés ou non

d.       Par barrages réservoirs

Pour chacun de ces types d’irrigation, on peut définir un degré de « correction » des répartitions de l’eau dans le temps et dans l’espace par les processus naturels. Par ex. les puits réalisent une bonne correction temporelle, mais une correction spatiale médiocre. La correction est moyenne des deux points de vue pour les réservoirs d’irrigation villageois (« tanks ») ; elle est maximale pour le grands barrages réservoirs.

L’utilisation de l’irrigation a permis de mettre au point des calendriers agricoles complexes. Elle permet d’augmenter de fait la superficie cultivée grâce à la double culture, qui intéresse par ex. 40% de la superficie cultivée en Chine, ce qui permet de multiplier par 1,4 la superficie cultivée brute. Ceci est particulièrement important dans un domaine où les superficies disponibles par individu sont faibles. Elle permet d’autre part de substituer des cultures plus valorisées mais plus gourmandes en eau (riz, canne à sucre, par ex) à des cultures plus rustiques comme les millets.

 

Conclusion

De grands débats existent sur le développement de l’irrigation, et plus particulièrement sur la construction des grands barrages réservoirs. Ils semblent indispensables pour assurer l’approvisionnement des pays, malgré leurs inconvénients et leurs coûts.

 

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