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L’émergence des idéologies au XIX° siècle

par Jacques-Olivier Boudon

Compte-rendu de la conférence prononcée à l’IUFM de Mont-Saint Aignan
le 19 mars 2003

Le 1er XIX° voit l’ensemble de ces nouvelles idéologies marquées par la révolution française. Le développement de la révolution industrielle facilite l’émergence de ces principes (liberté individuelle, liberté d’entreprendre)

 

1-    idéologie contre révolutionnaire ou le traditionalisme

Ce courant peut être à la fois placé dans un contexte français mais aussi européen. Les traditionalistes veulent éradiquer le passé révolutionnaire, dénoncent la philosophie des lumières et condamnent le rationalisme et le volontarisme.

La pensée traditionaliste va par la suite proposer un modèle de société, cf. louis de Bonald : Théorie du pouvoir politique et religieux de la société civile en 1796 et Jules de Maistre : des considérations sur la France en 1796. Ils envisagent la construction d’une contre société à partir d’une vision traditionaliste de l’histoire. La Réforme représente alors le début de la décadence qui continue au XVIII°. Pour les traditionalistes, dieu est à l’origine des Etats, une bonne monarchie doit donc être théocratique. Cette idéologie a un grand succès en France, particulièrement au début de la Restauration.
Le courant traditionaliste voit ensuite l’émergence d’un courant catholique social qui n’est pas exclusivement traditionaliste. Ce catholicisme social veut combattre les effets de la révolution Industrielle et voit son apogée dans les années 1870.
On assiste à une résurgence de ces courants à la fin du XIX° avec le mouvement Action Française qui se structure pendant l’affaire Dreyfus. L'Action française voit dans la république le fruit de la révolution française et dans le XIX° une période de décadence.

Ce courant reste minoritaire, mais perdure jusque dans l’entre deux guerre..

 

2-    le libéralisme

Le XIX° est l’âge d’or du libéralisme. Ce courant n’est pas propre à la France, mais le libéralisme français est un libéralisme plus politique qu’économique. (Mise en avant des conquêtes des libertés et de l’avènement constitutionnel)

Les libéraux français analysent la révolution et en tirent des leçons (primauté de la liberté individuelle sur la liberté politique..), ils défendent le bicamérisme et introduisent, avec B. Constant, l’idée d’un 4° pouvoir – pouvoir régulateur ou neutre donné à  un monarque arbitre.
Guizot et les doctrinaires partagent une réprobation de la souveraineté populaire et estiment que la nation doit être représentée par ceux qui ont un bien à défendre. Les révolutions (1789 et 1830) sont perçues comme un mal nécessaire. Pour Tocqueville, la révolution a achevé le mouvement de démocratisation de la société (fin des privilèges), mais la démocratie politique n’est pas installée durablement. Les états-unis sont un modèle de société démocratique car cette démocratie y est à la fois sociale et politique. Il craint la dérive de la démocratie vers le despotisme – confirmée par le coup d’Etat du 2 décembre 1851.
Sous le 2d empire, l’Académie française devient un foyer du libéralisme
Prévost-paradol se présente comme l’opposant libéral au 2d empire, il part du principe qu’une société démocratique ne peut être à terme régie par un gouvernement démocratique (crainte de la terreur). Il souhaite un suffrage universel pour les hommes sachant lire et écrire.
Les idées libérales sont reprises à la fin des années 1860 avec une volonté de décentralisation et de bicamérisme.

Sous la III° république, on souligne l’importance d’hommes politiques tels que le duc de Broglie, A Thiers et Laboulaye et la définition des bases d’un régime parlementaire constitutionnel avec deux assemblées et un pouvoir exécutif limité.

 

3-    Emergence du nationalisme

On assiste à la naissance de ce mouvement avec la révolution française. La révolution se fait au nom de la nation (entendu comme Tiers Etat), le principe national est exporté aux "peuples opprimés". L’adhésion des français à la Nation est symbolisée par l’événement de la fête de la fédération. Durant tout le XIX°, le courant nationaliste va s’incarner dans les familles politiques républicaines et bonapartistes. C’est un courant enraciné à gauche, un nationalisme revanchard qui veut la disparition des traités de 1815, un nationalisme qui n’est pas pacifique. Les nationalistes vont se retourner après 1870-71.

Les républicains abandonnent l’idée de revanche au profit d’une définition de la nation autour de l’exaltation des grands héros de l’histoire de France.

Des nationalistes se retrouvent autour du gal Boulanger, on voit alors la fusion du culte de l’état nation et d’un nationalisme belliciste. Le nationalisme bascule alors à droite.

 

4-    le socialisme

Le socialisme a un lien avec la révolution française autour des réflexions de Babeuf. Le 1er tiers du XIX° voit la naissance d’un socialisme utopique.

A la fin des années 1830, se forme un socialisme à la française (idées de Marx connues en France à partir des années 1880).
Deux courants apparaissent :
-          Un courant blanquiste (ou socialisme révolutionnaire)
Ce courant se rattache au courant républicain par la fidélité à la révolution française, il est marqué par un fort anticléricalisme. Ce courant prône la révolution par l’insurrection et envisage une nouvelle société sans classe dans laquelle le salariat aurait disparu, un monde nouveau sur les bases de la justice et de l’égalité. Le stade ultime en est le communisme avec la gestion en commun des terres et de l’industrie.
-          Le courant de Proudhon
Proudhon envisage la socialisation des biens et remet en cause le rôle de l’état dans la société. Il définit des principes fédératifs : une société fondée sur l’individu – l’ouvrier uni au sein de l’entreprise, unie quant à elle au sein d’une commune, base de cette nouvelle société. L’état central doit avoir uniquement un rôle d’impulsion du pays vers le progrès. Il souhaite une organisation de la société dans un cadre national et international.
A la fin du XIX°, émerge le marxisme.
Jules Guesde l’introduit en France, il crée le POF, qui critique le régime républicain et fait de la propagande révolutionnaire. Jaurès défend plutôt un socialisme réformiste (1905 : SFIO).

 

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