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LES NOTIONS DE RESSOURCES ET DE CONTRAINTES
EN GEOGRAPHIE

Conférence de M. P. Pech, maître de conférences, Paris I,

Prononcée à l’IUFM de Rouen le 12 janvier 2000.

Les programmes du secondaire fournissent, à chaque niveau, l’occasion de présenter les notions de ressources et de contraintes, mais elles ne sont pas toujours abordées sous le même angle. Par exemple, en première, à travers ces notions, l’accent est mis sur l’aménagement du territoire (comment valoriser les ressources et protéger l’environnement ?), par contre en seconde, l’approche est plus environnementale.

On peut ainsi pour les littoraux japonais traiter ceux-ci en 6ème (l’étude des paysages), en 2nde (2nde partie du programme) et en Terminales (puissances) ; c’est l’occasion d’enrichir la notion, de l’affiner : la littoralisation des activités est liée en premier lieu à la contrainte exercée par le relief, à l’exiguïté des plaines, mais les Japonais ont " retourné " cette difficulté en atout.

Quelle définition retenir ? Quel lien avec les milieux naturels ? On entend par ressource l’ensemble des moyens de subsistance, de production (sols, eaux, minéraux...), mais les ressources ne sont pas uniquement " naturelles " : le Mont Saint Michel n’est pas qu’un îlot rocheux dans une baie en voie de comblement ; la richesse patrimoniale est aussi une ressource.

De même, le patrimoine n’est pas que culturel : le parc " naturel ", l’espace de récréation (campagne, forêt) à proximité de la ville constitue aussi une ressource - un moyen de se ressourcer - mais ce n’est pas le milieu naturel.

L’appréciation, par une société, des ressources dépend du niveau de développement : le minerai d’uranium est passé du stade de caillou à celui de ressource énergétique avec la maîtrise des techniques du nucléaire.

De même, une région riche - la Champagne au Moyen-Age avec ses foires - est-elle devenue une région de peu d’intérêt après le basculement du commerce vers l’Atlantique. Le bois de ses forêts deviendra une ressource avec le développement des mines de charbon ; de même, la Champagne pouilleuse deviendra-t-elle avec le recours aux engrais et aux assolements complexes, une riche terre agricole après les années 70.

La contrainte est une notion à la fois écologique et économique. Les facteurs limitants sont souvent climatiques ou liés aux pentes excessives ; ces éléments induisent des surcoûts. Si la contrainte est aggravée, elle devient risque, menace pour les populations, mais là aussi, le niveau de développement permet ou non de compenser des insuffisances. Par exemple, les valeurs de la sécheresse sont variables selon que le pays est capable ou non de puiser dans les nappes phréatiques profondes...

Ces notions sont donc relatives et réversibles. La relation quasi-exclusive aux seules ressources naturelles ne suffit pas ; la plupart des milieux sont anthropisés comme la montagne de Lure dans les Alpes ou les marais de Brouage ou encore le vignoble bourguignon. L’exemple de la silice, ressource apparemment banale, montre bien la complexité du phénomène : les sociétés développées ont des besoins croissants en silicium (semi-conducteurs), en silicone (isolants), en quartz, fibres optiques, verre... La ressource minérale est abondante : filons de quartz, gisements de galets, de sable. Mais cette ressource naturelle n’est pas toujours " exploitable ". Ainsi la forêt de Fontainebleau est établie sur des sables très purs, mais elle est l’ " espace naturel " de l’agglomération parisienne ; de ce fait, la pression de la population s’oppose à la demande d’exploitation souhaitée par les industriels : la raréfaction de la ressource en résulte.

Les contraintes en milieu montagnard sont nombreuses : la pente, la dénivellation, l’altitude par ses multiples effets favorisent l’érosion des sols, les glissements de terrain, la torrentialité, les avalanches. Contraintes et risques sont parfois réduits par les aménagements réalisés par les hommes : digues pour canaliser le torrent, brise-flux pour ralentir la vitesse et retenir la charge alluviale, reboisement (ex : la Montagne de Lure dans les Alpes du Sud aux XIXème siècle) sont destinés à lutter contre l’érosion. Mais parfois l’homme se " contente " de surveiller comme en Haute Tinée : les glissements de terrain sont sous contrôle, prévision et prévention l’emportent ici sur l’aménagement.

Ressources et contraintes sont souvent liées et on peut observer des basculements, des phénomènes de rétroaction : la ressource surexploitée devient une contrainte ou un risque : la Montagne de Lure en fournit l’illustration. Jusqu’en 1840, le système montagnard (cultures, forêt, pâturage) permet de fortes densités. Vers 1840-1850, une crise écologique liée à la forte variabilité du climat et à la surpopulation est accompagnée d’une crise économique : l’ouverture réalisée par la révolution des transports soumet l’espace à une concurrence forte du bas-pays d’où exode rural, libération des terres et reboisement " refermement du paysage " (1851-1875). La montagne - ressource est devenue montagne - contrainte. Mais depuis 1975, la Montagne présente une nouvelle dynamique : repeuplement significatif, tourisme vert, chasse, ski...., activités favorisées par la proximité de l’autoroute Aix - Marseille - Sisteron. La montagne - contrainte est redevenue montagne - ressource.

La contrainte - voire le risque - est parfois provoquée par la société. En mai 1999, en région parisienne, des orages dits catastrophiques ont provoqué des inondations et la mort de quatre personnes. En zone rurale, rien de catastrophique ne s’est produit, mais en ville, le ruissellement aggravé par le milieu artificialisé est devenu un risque : ce n’est pas pour autant un risque " naturel ".

La Guadeloupe présente une déconnexion des relations causales entre société et nature. C’est une île tropicale, présentant donc des ressources - paysages : flore, parcs, plages, mais aussi des risques de cyclones. C’est une île volcanique (la Soufrière) avec des risques sismiques et volcaniques. On sait prévoir les risques volcaniques (cf en 1976, le déplacement de la population), les risques liés aux cyclones, mais pas encore les séismes (et même dans les pays où la population est éduquée face à ce risque, les désastres peuvent être considérables , comme à Kobé en 1975).

Ces exemples permettent de souligner que contraintes et ressources sont souvent imbriquées et en sont pas seulement " naturelles ".

 

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