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LES RISQUES ET LES PARADOXES
DE L'EAU EN AFRIQUE


 

•  • L'eau est le premier facteur de différentiation spatiale : c'est le degré de maîtrise de l'eau qui fait plus la différence que la quantité d'eau disponible. La méconnaissance de l'Afrique est dûe à l'absence de fleuves importants pour pénétrer le continent et le paludisme a décimé les explorateurs et empêché d'aller plus loin. La conférence de Berlin de 1884 avait pour objet les modalités de circulation fluviale sur le Congo.

•  • L'Afrique est perçue comme le domaine de la sécheresse alors que c'est plus l'excès d'eau qui pose problème que l'absence. L'accès à l'eau potable est difficile car même abondante elle est rare et sa qualité est insuffisante : premier facteur de mortalité.

•  1. L'Afrique : un continent exposé au risque hydrique

•  • L'Afrique ne manque pas d'eau, sauf Sahara et Namibie. Peu de prélèvements en eau, très grande différence entre disponibilité et prélèvement.

1.1. Une eau abondante, mal répartie, peu utilisée

• Trois Afrique :

-pénurie potentielle : Afrique du nord, eaux de surface largement sollicitées et irrégularité des précipitations. Taux de prélévement : 50%

-manque d'eau : Afrqiue saharienne. Aridités et sécheresses récurrentes. Taux de prélèvement : 10%, car potentialités considérables sous le Sahara . Seule la Libye a les moyens financiers de pomper. Afrique des médias pour émouvoir le grand public. Aussi Namibie et Mozambique (irrégularité des précipitations).

-Excès d'eau : Cameroun (9m/an, record des resources en eau, inondations plus dangereuses que sécheresse).

1.2. Une même vulnérabilité pour tout le continent

•  • Trait commun : pays exposés au même problème car risques physiques, historiques, économiques et démographiques.

•  • Caractères physiques : vastes dépressions intérieures séparées par des seuils et des rapides => écoulement des eaux très lent, vers l'intérieur (lac Tchad). Afrique : 2ème continent (après Australie) pour territoires endoréiques, 53% de la surface concernée. Pour beaucoup de pays, les eaux sont allogènes. Actuellement (depuis 1970), baisse tendancielle des précipitations : le lac Tchad est passé de 25 000 km2 en 1970 à 250 km2 en 2000.

•  • Absence de civilisation de l'eau. En Asie, encadrement étatique pour calendrier et organisation de l'utilisation de l'eau. En Afrique, population limitée sur de vastes surfaces => brûlis. Dans les régions refuges (traîte des Noirs, refus de l'islam) => accroissement de la population qui a produit des techniques agricoles évoluées. Mais pas de civilisation de l'eau (sauf en Afrique du Nord). Moins de 10% des terres sont irriguées : Egypte, Soudan, Maroc, Nigéria, Madagascar. Absence de maîtrise de l'eau = > vulnérabilité alimentaire. Progrès du maraîchage autour des villes. Agriculture négligée par les nouveaux régimes.

•  • Faible niveau de développement => insécurité sanitaire. Maintien des larves qui provoque la cécité des rivières. A moins de 40 hab/km2, les maladies se développent à nouveau (de même pour la

mouche tsé-tsé). => l'insécurité sanitaire est la conséquence de la faible population. Maladies diarrhéiques provoquées par les eaux stagnantes. Danger accru par la multiplication des plans d'eau aménagés par les ONG. Les jacinthes d'eau abritent le bacille du choléra. Le paludisme, responsable d'un tiers des décès en Afrique provient de moustiques qui se développent dans les mares. Les traitements sont de plus en plus lourds et il n'y a qu'un médecin pour 24 000 hab avec une forte concentration en ville. Les hôpitaux des villes sont peu utilisés car recours à ceux de l'occident.

• L'eau, source de vie, est souvent source de mort.

2. L'eau : des enjeux d'abord économiques

2.1. La grande échelle : des tensions surtout locales

• Les paysanneries avaient pris l'habitude de se prémunir contre les sécheresses. 3 facteurs ont perturbé cette sagesse :

-la démographie : forte augmentation de la population

-l'économie : la libéralisation des filières économiques par privatisation fait qu'en cas de mauvaises récoltes les paysans quittent leurs terres et de bonnes récoltes conduisent à un effondrement des prix

-la politique : baisse de l'aide publique au développement et sécheresse instrumentalisée.

•  • Afrique marquée par la différence entre éleveurs et cultivateurs. Bonnes précipitations des années 1960 => montée vers le nord subsaharien. Années 1970 : redescente des éleveurs vers le sud => conflits avec le cultivateurs (qui se traduit politiquement par des conflits armés locaux). Aide internationale qui est allée surtout dans les villes (clientèle des pouvoirs) => mortalité des éleveurs acceptée car citoyens de seconde zone.

•  • Corne de l'Afrique : impacts de la sécheresse différents selon les pouvoirs. Systèmes d'alerte pour prévoir les sécheresses et lâcher des stocks de nourriture pour éviter la flambée des prix et la pénurie alimentaire. Les pays du Sahel gèrent assez bien les conséquences des sécheresses grâce à ces systèmes, mais la sécheresse sert souvent de prétexte pour mobiliser l'aide internationale en urgence. Sécheresse en 2002 au Zimbabwe : catastrophe humanitaire car distribution des terres des Blancs à des proches du régime incapables (même chose pour la Somalie et l'Ogaden). Les ONG annoncent la catastrophe, les pouvoirs créent la fatalité et le drame qui vont déclencher les aides, qui passent par les organismes officiels. Camps abandonnés.

•  • Affrontements très forts au niveau local.

•  2.2. La petite échelle : des stratégies de coopération satisfaisantes

•  • Coopération satisfaisante, à la différence d'autres régions.Trois aires de coopération : Nil, Sénégal, Afrique australe.

•  • L'eau est un facteur d'intégration au niveau régional.

•  2.3. A l'échelle locale : l'enjeu de l'urbanisation

•  • L'eau est un enjeu économique car l'urbanisation se développe : 60% en Afrique du Nord et 40% pour le reste de l'Afrique. Les villes croissent de 3 façons :

-extension périphérique “au ras du sol”

-densification des quartiers populaires

-remplissage des zones tampons, intersticielles.

• Croissance urbaine qui rend la question de l'eau aigüe. Urbanisation “contre” les fleuves. Les inondations détruisent les chaussées, provoquent ravinements et glissements de terrain. Les pluies provoquent des débordements car les dispositifs d'évacuation sont insuffisants ou inexistants. Péril sanitaire car les pollutions des sources sont nombreuses. Industrialisation qui provoque des rejets sans

traitement.

•  • 85% des urbains ne sont pas reliés à l'eau potable => déplacements nombreux au robinet­fontaine avec bagarres pour accéder à l'eau potable (100% d'accès à l'eau potable au Maroc, comme au Botswana). Les pauvres paient l'eau beaucoup plus cher que les riches car transport, stockage… Un pauvre consomme 10 fois moins d'eau qu'un riche. La bière peut coûter moins cher que l'eau.

•  • En Afrique, la sécheresse médiatisée, occulte les vrais problèmes.

•  3. L'accès à l'eau : un droit social ?

•  3.1. L'eau : bien public ou ressource économique

•  • 1980-90 décrétée décennie de l'eau potable par l'ONU. Eau = bien public ou ressource économique ?

•  • Fabriquer de l'eau potable = opération très coûteuse. Rentabilité des investissements modeste, sur un très long terme. Les moyens financiers des opérateurs publics sont en baisse. Administrations qui ne paient pas l'eau et culture de l'eau gratuite qui conduisent à des gaspillages et des branchements sauvages. A Alger, 50% de l'eau produite se “perd”.

•  3.2. La privatisation : le magot ou le marigot

•  • En Afrique, privatisation au profit de grandes compagnies, dont les françaises : Vivendi, Suez, SAUR. Concentration là où le marché est solvable : villes. Les compagnies privées ont amélioré le service, seulement pour les riches. Eau coupée aux mauvais payeurs => éviction des plus pauvres. Robinets­fontaines supprimés. Recours aux marchands privés pour les plus pauvres. Les ONG, les associations essaient de lutter contre cette évolution.

•  • Dilemne croissant entre solvabilité et solidarité. Marché de l'eau embryonnaire. Mobiliser des moyens techniques importants => qui va financer les travaux ?

• Afrique à “deux débits”. Le magot contre le marigot.

Conférence de Sylvie BRUNEL,
Université de Montpellier,
au Festival de Géographie de Saint-Dié 2003

notes de Bernard JEANNE

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Bibliographie citée :

Atlas mondial de l'eau L'Afrique centrale, Enjeux , juil-sept 2003 Hérodote , 3e trimestre 2001 Eau : inventer la coopération internationale, Courrier de la planète , 2002 Mutin G., La Documentation photographique , n° 8014, avril 2000 Pourtier R., Les afriques noires Brunel S., manuel à parître en décembre 2003, Bréal

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